Mademoiselle Chambon

D’après le roman Mademoiselle Chambon
Ed. Flammarion 1996

Théâtre

 
 

Durée1 heure 10 minutes

PublicAdolescent / Adulte

AuteurEric Holder

Mise en scèneAlain Prioul

LumièresLaurent Dhainaut

Interprètes
Corinne Debeaux,
Olivia Machon & Yves Buchin

 
 

Antonio est maçon, Anne-Marie ouvrière. Ils s’aiment, sans doute, mais ne se le disent pas. Véronique Chambon est l’institutrice de leur fils Kevin. C’est à l’école que Antonio et Véronique se rencontrent. Cela fait peu de temps qu’elle s’est installée dans la petite ville. Elle n’a pas encore sorti de son étui son violon. C’est pour Antonio qu’elle le fait, pour lui faire entendre une sonate de Bartok, à lui qui n’écoute que de la variété italienne.
 
Entre Anne-Marie et Véronique, rien n’est dit sur Antonio. Elles se racontent, en revanche, ce qu’elles n’ont jamais raconté à personne: le malaise de ne jamais pouvoir être soi-même, face aux parents d’élèves, la difficulté d’entretenir une amitié quand on a un enfant, la peur de finir vieille fille, celle de s’éloigner de l’homme avec qui l’on vit.
 
Une seconde grossesse, un patron manipulateur, un ami un peu trop bienveillant vont accélérer le processus inéluctable d’éloignement d’Antonio et de Véronique, de Véronique et d’Anne-Marie, d’Anne-Marie et d’Antonio.

 
C’est l’histoire d’une rencontre qui aurait pu avoir lieu, faite de beaux moments de vie simples et paisibles, détruits par des obstacles dérisoires.J’ai choisi de transporter ce roman à la scène, en conservant au maximum sa structure, son phrasé et son rythme. Ce ne sera pas une pièce de théâtre mais un récit à trois voix. Chaque personnage est le narrateur de sa propre histoire. Il pense avec les mots d’Eric Holder, mais lorsqu’il se retrouve confronté à un autre protagoniste, il retrouve ses maladresses de langage, ses impossibilités de formuler à voix haute et intelligible ce qu’il ressent avec cette acuité tellement tranchante qu’elle en devient douloureuse.
 
L’épine dorsale du spectacle, c’est la difficulté de dire avec les mots et avec le corps cette « surprise » merveilleuse de l’amour et de l’amitié, alors qu’elle frappe comme une évidence. Carcan social, pudeur encouragée par une éducation où il est de bon ton de ne pas prendre de la place (de ne pas prendre sa place), déficience de vocabulaire, de culture et de références, peur de l’ailleurs, de l’altérité, autant d’entraves pour une communication simple entre les personnages.
 
« Ce qui me touche aussi profondément dans ce texte, c’est la subtile description de cette menace sourde de ceux qui guettent, comme des charognards, le malheur, la confusion de l’autre pour l’entraîner dans les sables mouvants de la haine prétendument apaisante, salvatrice et utile. Sans didactisme pesant, sans justifier, ni accuser, Eric Holder nous montre comment une décision apparemment idéologique est au fond la conséquence d’un désespoir personnel sans lien avec cette idéologie.
 
Je souhaite que ce spectacle soit un spectacle intime, reposant sur l’humanité des trois personnages et leur façon de raconter et vivre leur histoire au présent. Je souhaite faire entendre cette musicalité profondément touchante du texte. »

Alain Prioul